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25/09/2017

Louis XIV, Napoléon Bonaparte et Emmanuel Macron : le pouvoir mis en scène

Par Eric SAURAY[1]

 

            En France on pense qu’Emmanuel Macron imite Donald Trump lorsqu’il se met en scène signant une loi importante. On pense qu’il américanise la vie politique française. Des peintures montrent que Louis XIV et Napoléon Bonaparte en leur temps faisaient déjà la même chose parce que le pouvoir est une représentation permanente.

 

Macron se met en scène comme Louis XIV et comme Napoléon Bonaparte

 

            

Le 15 septembre 2017, Emmanuel Macron est photographié alors qu’il est entrain de signer la loi pour la confiance dans la vie politique sous le regard de la ministre de la justice et du porte-parole du gouvernement. Le 22 septembre 2017, sous les feux des caméras de télévision, il a signé cinq ordonnances relatives au renforcement du dialogue social. Participe-t-il pour autant à l’américanisation de la vie politique française ? Est-il dans une mise en scène à la Donald Trump ? Certains journalistes et certains hommes politiques français qui ont tendance à dévaloriser ce qui vient des États-Unis répondent par l’affirmative. Ils affirment même qu’Emmanuel Macron copie Barack Obama, l’ancien président des États-Unis. Pourtant, une simple recherche d’image du pouvoir sur Google image permet de réfuter leur thèse. Pour conserver l’intérêt de cette courte étude, on ne prendra en compte que quelques images concernant Louis XIV et Napoléon Bonaparte. Rien qu’avec ces deux personnages, on constate que les monarques français se sont toujours mis en scène lorsqu’ils signaient les actes politiques les plus importants ou les plus graves (Ordonnance, Édits, révocation d’Édit, lois, cession de territoire). Ainsi, dans une estampe datée de 1685, Louis XIV est représenté signant la révocation de l’Édit de Nantes. En 1801, le peintre de cour François Gérard représente Napoléon Bonaparte signant le Concordat entre la France et le Saint-Siège. En 1843, un tableau de François Bouchot représente Napoléon 1er entrain de signer son abdication. En 1856, sur commande de Napoléon III, Auguste Couderc a peint Napoléon Bonaparte en compagnie des autres consuls Cambacérès, et Lebrun, recevant le serment des présidents de section lors de l’installation du Conseil d’Etat. Même si c’est avec quelques années de décalage, tous ces événements sont mis en scène par le pouvoir ou les peintres au service du pouvoir. Il est possible d’arguer que dans les cas de Louis XIV et Napoléon la mise en scène est postérieure à l’événement et le pouvoir n’y est pour rien. Mais, qu’elle soit immédiate ou spontanée, qu’elle soit l’œuvre du pouvoir en place ou qu’elle soit récupérée par un pouvoir postérieur cela ne change rien. De même, qu’elle ait eu lieu en présence d’un cercle étroit ou en présence d’un aréopage de puissants, cela ne change rien non plus. Ce qui compte c’est que le pouvoir a mis l’événement en scène et a permis aux hommes et aux femmes présents, aux peintres, aux historiens d’avoir de la matière suffisante pour relater l’événement, le diffuser et le faire savoir aux citoyens/sujets présents et à venir.

La mise en scène a pour but de solenniser l’événement

 

          En politique, l’image sert à diffuser une information. De ce fait, par l’image (peinte, gravée, photographiée ou filmée etc.) l’acte politique est immortalisé et rendu public afin que nul ne l’ignore. Si sur la photo le montrant entrain de signer la loi susmentionnée, Emmanuel Macron n’est entouré que de peu de personnes, Louis XIV et Napoléon 1er sont entourés de nombreux personnages politiques de premier rang qui sont les témoins de leurs actes. Les ministres de Macron sont en tenue bourgeoise. Les personnes entourant Louis XIV ou Napoléon 1er sont dans des tenues majestueuses, ce qui donne plus de poids à l’image, affirme une présence beaucoup plus sérieuse du pouvoir et rend le moment solennel. Et pour un souverain, il n’existe rien de plus solennel que la signature d’une loi, d’une ordonnance qui permet de promulguer la volonté générale, sa propre volonté voire son bon plaisir. Cette signature a une importance capitale car elle autorise la promulgation du texte (loi, ordonnance, édit, etc.) qui étant publié devra être observé par tous sous peine de sanction. L’importance de l’acte justifie la mise en scène

 

La mise en scène est indispensable en politique

 

            Peu importe les images analysées et quelle que soit l’époque prise en considération, il existe une constante : le pouvoir a toujours communiqué, il s’est toujours mis en scène et il a toujours considéré que les citoyens devaient le voir à l’œuvre. Ce n’est donc pas parce qu’il y a la télévision qu’il y a une mise en scène du pouvoir. La mise en scène est constante, parce qu’elle est indissociable du pouvoir. Dès lors, utiliser l’image comme un moyen de communication politique n’a rien de neuf et n’a rien d’américain. Le pouvoir est toujours en représentation et utilise pour cela des objets meublants incontournables (tables, sièges), des insignes de pouvoir (couronnes, écharpes, épées, costumes militaires), des éléments de l’esprit (papier, plume, livres), des éléments illustrant la maîtrise de l’espace et du temps (le château ou le palais, l’horloge) ainsi que la présence de ministres ou de conseillers qui manifestent la puissance du souverain. Dès lors, en signant la loi pour la confiance dans la vie politique sous l’œil des caméras, Emmanuel Macron n’imite nullement les présidents américains. Il utilise un vieux procédé de communication bien connu des hommes de pouvoir depuis la nuit des temps. Les Pharaons, le roi Salomon, César, Néron, Cléopâtre ont toujours faits de la mise en scène. Il n’y avait pas de camera de télévision. Mais cela ne change rien à l’affaire. Le public présent, les conseillers, les ministres et les princes présents avaient pour mission de diffuser l’information, à la faire passer au peuple, aux amis et aux ennemis. En faisant de la mise en scène à son tour, Emmanuel Macron n’est donc pas dans une américanisation de la vie politique française. Il est dans l’utilisation des prérogatives liées à ses fonctions.

 

 

Il n’y a rien de nouveau sous le soleil

 

       

          Enfin, on peut dire que si les supports, les vecteurs, les techniques et les médias ont changé, tout le reste s’inscrit dans une constante. Ce qui a changé, en revanche, c’est que cela se passe sous l’œil des caméras. Ce qui a changé, c’est que les photographes officiels ont remplacé les peintres de cour. Ce qui a changé également c’est que les images sont diffusées en temps réel par le pouvoir alors que les peintres du passé avaient sans doute une certaine liberté de création et pouvaient représenter les actes de pouvoir avec un grand décalage dans le temps. Autrement dit, la mise en scène pouvait ne pas être immédiate. Néanmoins, ont peut considérer que les peintres étaient dans une logique de mise en scène du pouvoir et que même avec le recul, ils ont veillé à montrer le pouvoir sous un jour favorable ou défavorable en fonction de leurs propres opinons politiques.

 

            En conclusion, Emmanuel Macron a mis en scène la signature de la loi pour la confiance dans la vie politique. Mais, ce faisant il n’est pas dans l’imitation d’un président américain. Avant lui, d’autres monarques ou présidents français ont volontairement on involontairement mis en scène les séances de signature de leurs actes politiques parce que le pouvoir est une mise en scène permanente. Quand ils l’ont fait il n’y avait pas la télévision mais cela ne change rien. Emmanuel Macron comme les présidents américains et autres sont dans le mimétisme indispensable dans l’exercice du pouvoir. Il n’a pas singé. Le pouvoir restant une affaire de mise en scène dans l’espace et dans le temps, Emmanuel Macron a fait comme les autres chefs avant lui. Ce qu’il a fait et ce qu’il fait c’est ce que Louis XIV et Napoléon Bonaparte ont fait et auraient fait s’ils étaient des hommes de notre temps parce que comme l’a dit l’Ecclésiaste : « Ce qui a été, c'est ce qui sera, et ce qui s'est fait, c'est ce qui se fera, il n'y a rien de nouveau sous le soleil. »

 

[1] Docteur en droit public, avocat au Barreau du Val d’Oise et chargé d’enseignement à l’Université de Paris 13.