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21/09/2017

De la fronde socialiste au mouvement macronien : le triomphe de la logique systémique

Par Eric SAURAY[1]

Le triomphe macronien n’est pas un triomphe du dégagisme

 

            La victoire d’Emmanuel Macron est-elle un triomphe du dégagisme ? La réponse est affirmative pour beaucoup de leaders d’opinion. En tout cas c’est la thèse qu’ils défendent et qu’ils ont plutôt bien imposée. Mais une thèse majoritaire peut-être combattue. C’est la raison pour laquelle il convient de réfuter la thèse qui assimile l’accession d’Emmanuel Macron à la présidence de la République française à un triomphe du dégagisme. Si cela était vrai, une fois devenu Président de la République, Emmanuel Macron n'aurait pas eu besoin de transformer son mouvement en parti politique. Or, il l’a fait et il a raison. Il a raison parce que dans la logique de la Cinquième République, il faut un chef pour présider, un parti pour soutenir le gouvernement dirigé par le Premier Ministre et un Parlement solide et fidèle au Président donc au Premier ministre ainsi qu’au gouvernement. C’est la logique incontestable du régime mi-présidentiel et mi-parlementaire qui nécessite obligatoirement une symbiose entre le Président, le Premier ministre, le gouvernement, le Parlement et le parti majoritaire qui travailler dans la cohérence et non dans le fronde. C'est cette logique que les frondeurs socialistes ont oubliée et qui les a conduits à la débâcle. On pourrait même dire que c'est justement parce qu'ils ont nié la logique du régime propre à la Cinquième République qu'ils ont été dégagés. Leur lourde défaite et leur disparition momentanée de la scène politique signifie qu’ils ont été punis par un système aux règles implacables parmi lesquelles la discipline, la loyauté, la solidarité et le soutien à un chef (le Président), à un leader opérationnel (le Premier ministre), à un camp (le parti majoritaire), et à des électeurs qui ont attribué la majorité à un camp spécifique en vue d’obtenir des résultats précis (la baisse du chômage, la sécurité des Français, la simplification du Droit du travail etc.). Ces électeurs sont d’une importance capitale car ils ont voté pour des hommes en vertu des règles propres d'un régime qu'ils n'entendent pas changer à ce jour. Des électeurs qui se sont rappelés au bon souvenir des élus frondeurs et autres qui avaient pris l’habitude, une fois élus, d’oublier, que dans une démocratie représentative, le peuple vote et attend que ses élus respectent les engagements pris lors de l’élection. Or, les frondeurs socialistes se sont enivrés dans la fronde jusqu’à la défaite.  Une fois en fonction, ils ont oublié qu’ils avaient été élus parce qu’ils étaient les soutiens du Président de la République. Dès lors, à partir du moment où ils ont commencé à fronder, ils ne pouvaient que mettre le Président en échec et ne pouvaient que préparer le leur, du fait de la nature du régime conçu par les élites françaises et adopté par les citoyens en 1958.

            Finalement, en transformant son mouvement en parti politique ou en incitant les membres de son ancien mouvement à le faire, Emmanuel Macron adresse un message d’une grande clarté aux élus de la République en marche. Un message que seuls les adeptes de la marche peuvent comprendre : les marcheurs n'ont qu'un chef qu'il convient de suivre avec rigueur, discipline et loyauté sauf à en changer en utilisant tous les moyens constitutionnels à disposition au risque de subir des 49.3 quand, en plus de fronder, on n’a même pas le courage de censurer, parce qu’on a peur de perdre son mandat. Par conséquent,  pendant le règne jupitérien d’Emmanuel Macron, on peut considérer que la fronde ne sera pas tolérée. La raison est simple : la fronde ouvre un conflit entre des acteurs politiques qui ont besoin de coopérer pour que le régime politique fonctionne à défaut d’être efficace. Il y va de l'efficacité de l’action gouvernementale et de la réussite du projet auquel les électeurs ont adhéré comme à un contrat lorsqu’ils ont choisi de voter pour Emmanuel Macron afin qu’il devienne le nouveau Président de la République.

Le triomphe macronien : un triomphe systémique

            Somme toute, le triomphe macronien n’est rien d’autre que le triomphe de la logique systémique propre à la Cinquième République. Et ceux qui ont été dégagés font partie d’un groupe qui à force de fronder a participé à l’affaiblissement de la fonction présidentielle, au discrédit du régime parlementaire et à la crise passagère de la solide Cinquième République. Le triomphe d’Emmanuel Macron n’est donc rien d’autre qu’une sanction contre des élus qui en frondant pendant cinq ans n’ont pas joué le rôle qui leur est assigné dans le régime de la Cinquième République. Il est également une sanction sévère pour François Hollande qui, en acceptant la fronde alors qu’il aurait pu dissoudre l’Assemblée nationale, a accepté une attitude incompatible avec la Cinquième République. Il est enfin une sanction pour tous ceux qui, de droite ou de gauche ont profité de la fronde pour rabaisser le Président François Hollande. Le triomphe d’Emmanuel Macron est une punition que le système, qui a sa logique, a donnée à tous ceux qui ont ceux qui ont cessé de jouer le rôle qui leur est dévolu dans le régime de Cinquième République.

[1] Docteur en droit public, avocat au Barreau du Val d’Oise et chargé d’enseignement à l’Université de Paris 13.

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