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25/05/2016

Les 4 figures mythiques de l’indépendance d’Haïti par la doctrine des 4 éléments

Les idéologues ont tendance à opposer les quatre (4) figures mythiques de l’indépendance d’Haïti. Ils sont même surpris lorsqu’ils rencontrent des individus qui sont Louverturiens et Dessaliniens, Louverturiens et Sabésiens, Sabésiens et Christophiles. Ils ont tort ! Ils ont tort parce que loin d’être des contraires, les 4 figures mythiques de l’indépendance d’Haïti sont complémentaires.

            Bien entendu, à certains moments, ils se sont combattus et se sont haïs. Je le concède. Mais, ils ont également été les collaborateurs les uns des autres. Ils ont à certains moments décisifs été des alliés. Leur mésentente explique sans doute le destin d’Haïti. Mais, au-delà de leurs divergences qui s’inscrivent dans le cadre normal de la dualité constructive, ils restent complémentaires comme le sont les quatre éléments qui ont été considérés par Empédocle comme étant les éléments primordiaux ou la racine des choses.

            Toussaint Louverture, c’est la terre. Stratège, diplomate, adepte du mimétisme, il incarne à la perfection la capacité d’intégration, d’adaptation des Haïtiens. Il a montré le chemin à suivre : se battre en vertu de sa particularité et se soumettre à ses propres lois en vue de fabriquer le nouveau citoyen noir arrivé sur une scène où l’Européen seul faisait les règles à son seul profit. Homme de l’arbre aux racines profondes, homme du nécessairement métissage culturel, il a contribué à nous léguer une terre.

            Jean-Jacques Dessalines, c’est le feu. Il a fondé l’Etat haïtien avec cette passion qui fait les grands hommes. Génie militaire, il est l’incarnation de la force au service de la justice. Il était la volonté toujours en action et qui sans doute avait besoin d’être contenu. Homme fougueux attaché à l’humanisme africain, ennemi juré de l’esclavage, il a montré le chemin qui mène toujours à la liberté.

            Alexandre Pétion, c’est l’eau. Il devait calmer les ardeurs du fougueux Dessalines dont il reste l’opposé dans la vie et dans la mort. Il l’a sans doute fait avec la violence propre à l’eau non maîtrisée dont les dégâts sont souvent irréparables. Néanmoins, il utilisé sa double culture latine et créole pour façonner l’Etat que Dessalines a créé. Il a construit les institutions et des écoles comme pour inscrire son action dans le marbre et doté l’Etat haïtien des cerveaux qu’il n’avait pas en nombre suffisant après sa création.

            Henri Christophe, c’est l’air. C’est le roi bâtisseur par excellence. C’est grâce à lui que l’on a une trace impérissable du génie haïtien. Une trace qu’on retrouve dans la culture haïtienne dans toutes ses composantes. Homme des hauteurs, homme des grandeurs et du prestige à l’anglaise, il disparut tel le phénix incapable de descendre au niveau des hommes de la terre, des hommes de l’eau et des hommes du feu.

            Toussaint Louverture, Jean-Jacques Dessalines, Henri Christophe et Alexandre Pétion constituent des éléments primordiaux pour Haïti. Ils sont les quatre (4) éléments sans lesquels, Haïti ne saurait être une société, un Etat, une nation. L’un ne va jamais sans l’autre. Que chacun essaye de s’inscrire dans cet héritage ou en invente un autre. Mais que nul ne s’acharne à diviser les Haïtiens sur la base de l’action de l’un ou de l’autre ! Ils ont collaboré, coexisté et alterné dans l’exercice du pouvoir. Ils ont incarné une partie des espérances des uns et des autres. Toussaint Louverture a porté l’espérance de la terre. Jean-Jacques Dessalines a porté l’espérance de l’indépendance. Alexandre Pétion a porté l’espérance des institutions. Henri Christophe a porté l’espérance de grandeur en étant un roi bâtisseur. Toutes ces espérances additionnées nous ont conduits à l’indépendance. Et Haïti est le seul pays au monde à avoir vu se succéder au pouvoir quatre grands hommes, quatre géants en l’espace de 21 ans. Depuis il en cherche d’autres, soit. Mais, cela fait partie de la légende des peuples. Inutile donc de chercher à opposer systématiquement les quatre (4) figures mythiques de l’indépendance d’Haïti. Toussaint Louverture, Jean-Jacques Dessalines, Henri Christophe et Alexandre Pétion ne sont pas réductibles aux petites querelles de chapelles. Opposés mais nécessairement complémentaires, chacun d’entre eux a laissé quelque chose qui prend racine dans son histoire personnelle et familiale, dans sa classe sociale et dans son prestige personnel. Chacun a joué le rôle qui devait être le sien dans la création de l’Etat haïtien et dans le contexte de l’époque. A eux quatre, en s’appuyant sur leur culture reposant sur trois piliers indissociables (l’Europe, l’Afrique et l’Amérique), ils ont montré la voie de la construction d’une société solide qui se réalise en quatre étapes :

-          se battre pour sa terre ;

-          se battre avec fougue pour la liberté et la justice;

-          se battre, en restant modéré, pour consolider les institutions ; et

-          élever des monuments, avec l’ambition suprême de laisser sur terre la marque éternelle de son génie.

© Eric SAURAY, Montmorency, le 24 mai 2016